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LA FRANCE ET DIEU

Suite du chapitre 4


Les Révolutions



L'ensemble de leurs œuvres allait produire l'avènement du communisme dans une Russie des tsars restée dans une déconcertante féodalité, jusqu'au début du XXeme siècle, et générer l'URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques), l'une des deux principales puissances mondiales durant soixante-dix années.

Pour ceux qui auront lu au moins le descriptif de leur œuvre ci-joint, il ne peut subsister aucun doute, que ces différents personnages ne manquèrent pas de passion pour leur idéal. Il est cependant une chose que la vie peut apprendre, " toute passion dévore, ce et ceux, qui l'entoure ". En d'autres termes, certains de ceux que je fus disent, " la fin justifie les moyens ". Même si nous n'avons pas à remettre en cause certains proverbes dans leurs maximes, les préceptes qui en ressortent ne sont pas toujours d'une dimension à la gloire de Dieu. Ils peuvent apporter en effet dans leurs utilisations journalières une relation dans laquelle la valeur de l'être humain disparaît, et conduisent à certaines hérésies de notre histoire, celle de l'humanité.

Il ne faut pas en conclure pour autant que ces hommes avaient oublié cette valeur essentielle que l'on doit à l'être humain, peut-être même y étaient-ils trop attachés, comme une injustice quasi héréditaire, une injustice de Dieu s’il existait ou du moins une injustice qu'il laissait faire. Nombre d'entre eux assimilèrent d'ailleurs ce " dieu " à une idéologie de faibles poltrons comme je le fis, entretenus dans ce raisonnement par la confusion entre le constat d'égoïsme d'une classe dominante, cupide et manipulatrice, se recommandant de Dieu, alors que pour ces philosophes Dieu n'existait pas. Il était une hérésie à laquelle il fallait remédier par toute bonne volonté humaine, intelligente et scientifique.

Ce que ces philosophes ne savaient pas pour l'avoir trop précipitamment rejeté, c'est que Dieu donne l'intelligence et la clairvoyance à celui qui la lui demande, mais pas à celui qui ne croit pas en ce Dieu d'Amour. Celui qui croit posséder toute qualité en lui-même, par son instruction ou par ses propres analyses de la vie, reçoit une intelligence limitée à l'homme, à l'esprit humain, et non à l'Esprit de Dieu comme nous le verrons au fil des prochains chapitres.

Au travers du résultat de cette première révolution, ils ne virent là qu'une galéjade de l'histoire. Les quelques menus avantages acquis par le peuple, étaient trop peu différents selon eux, du long et dérisoire chemin parcouru par les Anglais pour que l'une ou l'autre des méthodes puisse être plausible à long terme. Idéalistes d'une égalité sociale, clé pour eux de tous les bonheurs, les diverses situations de l'époque avaient commencé de leur prouver que la source de toutes les misères humaines s'appelait effectivement : Dieu !

De la période 1789 et sa contre réaction, par l'Empire puis comble de l'ironie pour eux, une nouvelle monarchie, leurs analyses allaient bon train. Elles allaient d'autant plus marquer les derniers nés qu'avant la stabilisation de la redondance intellectuelle, un nouveau séisme allait les conforter dans leurs conclusions, et surtout leur apporter les convictions du besoin d'un autre type d'action pour la mise sur pied de leur idéal.

Un concept qu'ils avaient peut-être trop minimisé, s'était pourtant créé dans la mémoire collective des français, " seul la république était favorable au peuple ". Aussi ce peuple arriva-t-il à la révolution de 1848, toujours menée par la bourgeoisie, pour mettre en place l'objet de leurs espérances : la " République ", et par surcroît : la " Bonne République " !

De bonne, elle en avait peut-être l'idée cette révolution de 1848, mais pour ce qui est de la république, la seconde, elle n'allait pas tarder à se comporter un peu comme sa grande sœur aînée de 1792. Le chômage était déjà fort présent, et l'emploi des chômeurs allait se faire, comme certains voudraient le voir mis en œuvre encore de nos jours, par des emplois dans des tâches de bien public, appelés alors « les ateliers nationaux ».

L'exécution allait en être confiée à Marie en tant que ministre des Travaux Publics. Il commença aussitôt d'enrôler largement les chômeurs parisiens, qu'il fit encadrer par de jeunes élèves de l'Ecole centrale. Il semble cependant que Marie vit dans les ateliers nationaux ainsi conçu, non seulement l'avantage de ne pas attenter aux droits du patronat privé, mais encore celui de soustraire un grand nombre de chômeurs parisiens aux séductions de la rue, des clubs politiques et des manifestations socialistes. Réciproquement, du côté socialiste, on perçut très tôt ce genre de manœuvres et l'orientation conservatrice du gouvernement.

La réplique fut formulée par une manifestation populaire qui vint exiger la création d'un ministère du Travail, c'est-à-dire la mise explicite des réformes sociales au rang des devoirs de l'Etat. Le gouvernement s'en tira en lui accordant beaucoup moins: la création d'une commission formée de délégués ouvriers qui siégeraient dignement au Palais du Luxembourg (siège du Sénat), dans les fauteuils des pairs de France, sous la présidence de Louis Blanc1 et d'Albert2, et qui étudieraient les problèmes sociaux.

Certes, Louis Blanc restait membre de cet exécutif collectif suprême qu'était le Gouvernement provisoire mais au-delà de ce qu'il était minoritaire, il n'avait toujours pas de département ministériel à gérer, donc nulle prise sur une portion de réel. Au Luxembourg, on étudia effectivement les problèmes, on rendit quelques arbitrages utiles dans des conflits sociaux mineurs, et l'on exposa longuement et publiquement les diverses théories socialistes du temps, ce qui contribua beaucoup à effrayer le bourgeois. Comme l'écrira effectivement Karl Marx deux ans après, avec amertume, " pendant qu'au Luxembourg on cherchait la pierre philosophale, on frappait à l'Hôtel de Ville la monnaie qui avait cours... ".

Ceci était pour ce que nous pourrions appeler la " république conciliatrice ", soit entre février et mai 1848.  Des retournements de situations identiques au 17 juillet 1791, n'allaient cependant pas tarder.

Dès les lendemains des élections pour la mise en place de l'Assemblée nationale constituante du 23 avril, les premières effusions de sang allaient avoir lieu à Rouen, alors ravagée par la crise, et un chômage total et massif. Le commissaire de la République, Deschamps, qui avait organisé des ateliers nationaux pour secourir les ouvriers, était populaire parmi eux, et il était de ceux, rares, qui inclinaient au socialisme. La bourgeoisie, dont le chef de file était le procureur général Sénard, républicain de la nuance du National, (parti en opposition au socialisme) était exaspérée par les impôts nouveaux qui servaient à couvrir la dépense des ateliers nationaux, il est vrai, peu productifs, si non comme œuvre de charité. Le compte se régla lors des élections: Sénard et les siens furent élus, Deschamps et ses amis battus, les votes de l'ensemble du département ayant aisément submergé ceux de la ville chef-lieu. Le 26 avril, les résultats connus, une manifestation ouvrière se déroula devant la mairie.

Les travailleurs voulaient-ils, comme on l'a dit, contester l'issue du scrutin, voir imposer la nomination de Deschamps ? Ou, plus probablement, rappeler leurs besoins et protester préventivement contre la suppression des ateliers nationaux (leur unique ressource), suppression que la victoire des hommes " d'ordre " laissait prévoir ?


1) Louis Blanc, historien et homme politique français (Madrid 1811-Cannes 1882). Gagné aux idées socialistes, il contribua par ses écrits (Histoire de dix ans, 1841-1844) à grossir l'opposition contre la monarchie de Juillet. Membre du gouvernement provisoire, en février 1848, il vit son projet d'ateliers échouer, et dut s'exiler après les journées de juin. Rentré en France en 1870, il fut député d'extrême gauche à l'Assemblée nationale.

2) Albert, ouvrier mécanicien très controversé, mis en position subalterne dans le gouvernement provisoire, comme pour donner le change à une liste concurrente, dans une majorité bourgeoise.


Ils furent repoussés rudement par la garde nationale, restée de composition bourgeoise. Les coups confus portés dans la bousculade, puis les charges de cavalerie furent senties comme une provocation par les ouvriers, qui, achevant alors leur manifestation centrale, refluèrent dans leurs quartiers où ils élevèrent des barricades. Le soir et le lendemain, Sénard requerra la troupe, et même le canon, et les barricades furent balayées sans perte pour les forces de l'ordre, mais au prix d'une dizaine de morts ouvriers.

Notre attention à cet événement n'est pas aussi disproportionnée qu'il paraît : c'est une chose importante en elle-même, non pas comme différence d'opinions entre groupes républicains, mais comme premier conflit sanglant, qui rompit sur une ligne de lutte de classes, l'euphorie de la fraternité nouvelle, sur laquelle le peuple s'était mobilisé.

Ce qui avait eu lieu à Rouen en avril, allait se reproduire en juin de cette même année à Paris. Dès cette première date, la liquidation des ateliers nationaux était devenue le principal souci de la majorité. D'abord, parce qu'elle voulait en finir avec les expériences sociales, même perdues, et d'autant plus qu'elles coûtaient cher. Ensuite, parce que leur fonction seconde de neutralisation politique ne jouait que de moins en moins : ne vit-on pas des rapprochements s'opérer entre ouvriers des ateliers et ouvriers des clubs socialistes ? N'entendit-on pas aussi, dans certains de leurs rassemblements, des cris de " Vive Napoléon ! " ? Enfin, troisième raison de crainte, dans l'entourage de Lamartine 1 certains avancèrent l'idée audacieuse de lier la question des ateliers nationaux à celle des chemins de fer : on aurait utiliser cette main-d'œuvre sur les chantiers ferroviaires interrompus par la crise, mais que l'Etat aurait repris à son compte.


1) Lamartine : Alphonse de Prât de Lamartine (dit Lamartine) : poète, diplomate et homme politique français (Mâcon 1790/Paris 1869). Député opposé au régime, il publie en 1847 une « Histoire des Girondins ». Le 24 février 1848, c'est lui qui proclame la république à l'Hôtel de Ville de Paris. Membre du gouvernement provisoire en 1848, dans la fonction de ministre des Affaires étrangères, il perd de son charisme après les « journées de Juin ». Après un cuisant échec aux élections présidentielles, il abandonne la politique et retourne à ses premiers amours, la poésie.  


On pressent les mérites que trouvait le poète à cette solution : humanité (liquider sans trop de drame les ateliers) et progressisme économique (le grand œuvre des chemins de fer, pour lesquels il avait des sentiments quasi Saint-Simoniens). Mais la majorité de l'Assemblée ne voulait pas d'une nationalisation, qui eût un peu trop senti le socialisme au détriment de la bourgeoisie; peut-être aussi ne tenait-elle pas à éviter le drame.

A lire certaines déclarations du temps, certains Mémoires ou Souvenirs, dont ceux de Karl Marx ou d'Henri Guillemin, on peut aussi avoir l'impression que le drame ne fut pas seulement accepté, mais provoqué: la dissolution des ateliers, la révolte quasi certaine qui s'ensuivrait et la répression qui viendrait à son tour, permettraient d'écarter définitivement les menaces de la rue et du socialisme. C'est en tout cas le plan qui se déroula. Le jeu fut mené, au nom de la majorité de l'Assemblée dont la droite monarchiste était l'aile marchante, par une commission spéciale dont le rapporteur fut le comte de Falloux.

Du côté gouvernemental, on compta moins sur la Commission exécutive que sur les ministres, et notamment sur le nouveau ministre de la Guerre, le général Cavaignac 1. Ce personnage devint alors l'homme du jour. Militaire jusqu'au bout des ongles, farouchement antisocialiste et ami de " l'ordre ", il eut sur les autres généraux l'avantage supplémentaire d'être nettement républicain, en tant que fils de Conventionnel et frère d'un ardent militant des années 30. Or, compte tenu de la composition de l'Assemblée, la république était une caution dont " l'ordre " ne pouvait encore se passer.

Le 21 juin, la dissolution des ateliers nationaux fut déclarée, et ne fut laissé aux ouvriers que la seule faculté de s'engager dans l'armée ou de partir défricher la Sologne marécageuse.


1) Général Louis Eugène de Cavaignac (Paris 1802 - Ourne, 1857). Ministre de la Guerre sous la seconde République, il fut investi en juin 1848 de pouvoirs dictatoriaux, qui lui permirent d'écraser l'insurrection ouvrière, puis fut nommé chef du pouvoir exécutif. Candidat à la présidence de la République, il fut battu en décembre par Louis Napoléon, futur Empereur Napoléon III.

Le désespoir des ouvriers, s'exprima d'abord le 22 par des rassemblements et défilés dans les rues, puis le 23 par l'érection de barricades. Une rude bataille de trois jours s'engagea alors, le long de la ligne nord-sud qui, au niveau de l'Hôtel de Ville, séparait le Paris bourgeois de l'ouest du Paris ouvrier de l'est. La garde mobile, la garde nationale des quartiers bourgeois, et surtout l'armée entrèrent en action, avec une lenteur peut-être calculée.

Dans une conversation privée rapportée par Victor Hugo 1 dans ses Choses vues, Lamartine accusait nettement Cavaignac d'avoir laissé grossir l'émeute, comme pour pouvoir donner à la répression plus d'ampleur. Le 26, à midi, la bataille était gagnée, après de lourdes pertes, mais, comme toujours, inégalement partagées, d'autant que bien des insurgés avaient été massacrés après le combat.


1) Victor Hugo: Grand romancier français, Pair de France(1802-1885) Il développa son œuvre dans de nombreux genres. Conduit par un idéal humanitaire et visionnaire il tenta généralement d’exprimer au travers de ses œuvres un sens politique.

Du côté de " l'ordre ", où l'on avait voulu voir dans l'insurrection une explosion de brigandage et de sauvagerie, la bonne conscience était parfaite, et l'on imputa aux ouvriers rebelles non seulement la mise à mort de deux généraux, mais aussi celle de l'archevêque de Paris, Mgr Affre, frappé au cours d'une tentative de médiation par une balle tirée d'une maison du faubourg par un inconnu isolé.

Même si cela n'avait pas manqué de confirmer le " déjà compris " de Karl Marx et Engel, Saint-Simon et Hegel étant alors décédés depuis vingt cinq ans, pour ceux qui allaient être les maîtres penseurs de la révolution d'octobre soviétique, une bien plus grande farce se préparait encore par l'arrivée des premières élections présidentielles.

Pour la plupart des partisans d’une constitution, le Washington français ne pouvait être que Cavaignac, mais Cavaignac était républicain, et la plus grande partie des classes dirigeantes n'avait pas encore pris son parti de la république. La droite de l'Assemblée, se séparant cette fois des hommes du National, se constituèrent en un comité et commença à monopoliser l'expression de parti de « l'ordre ». Les royalistes y adhérèrent d'autant plus facilement qu'aucune des deux dynasties possibles à cette époque n'offrait de prétendant désireux ou capable de courir la chance du suffrage universel, et que la monarchie restait dans l’idée majoritaire, la clef de voûte nécessaire à un système conservateur sérieux. Le parti de " l'ordre " décida donc d'adopter pour candidat à la présidence de la République Louis Napoléon Bonaparte.

Sa carrière d'aventurier, les dettes dont il était couvert, son apparence physique même, assez ingrate, dans laquelle rien ne révélait au premier abord ses aptitudes intellectuelles ni sa volonté, tout cela faisait croire qu'on aurait toujours barre sur lui. De plus, la popularité de son nom dans les masses, un peu inquiétante en elle-même, était en la circonstance évidemment avantageuse.

La manœuvre allait s'avérer bonne, puisque le 10 décembre 1848, les électeurs choisissaient Bonaparte par 5 434 000 voix; suivaient Cavaignac (l 448 000), Ledru-rollin (371000), Raspail (37 000), Lamartine, présenté en solitaire(8 000).

Le 20 décembre Cavaignac quitta le rôle de leader du gouvernement provisoire et le président de la République en prit possession. L'Assemblée constituante acclama le premier comme un nouveau Cincinnatus, et elle reçut avec une attentive gravité le serment officiel du second: Louis Napoléon Bonaparte jura solennellement de rester fidèle à la Constitution, cette Constitution qui l'obligeait de façon formelle à redevenir quatre ans plus tard, un citoyen comme les autres.

L'issue, bien que connue, peut nous apparaître fort ridicule aujourd'hui. Avant l'échéance des quatre ans ce Louis Napoléon Bonaparte, cet aventurier, allait bien entendu mener son coup d'état. Il allait même pousser la plaisanterie, à la fois peut-être comme une superstition mystique, à la fois peut-être comme une préfiguration de son second forfait, à l'accomplir le 2 décembre 1851, jour anniversaire du sacre impérial de 1804, de la victoire d'Austerlitz en 1805, et de son futur sacre impérial donc en 1852.

Comment était-il possible que de telles incohérences ne marquassent pas les observateurs qu'étaient nos philosophes ? Ce 2 Décembre était-il lui-même autre chose qu'une répétition de l’histoire ?

Karl Marx, l'un des premiers, fit un sort à cette analogie en intitulant le Dix-Huit-Brumaire de Louis Bonaparte la suite qu'il donna à son ouvrage, « Luttes de classes en France ». Le rapprochement pouvait aller plus loin, d'ailleurs. N'avait-on pas revu l’image de ces extrémistes de gauche que l’on appelait " Montagnards " en 1792 ? Pour ce philosophe, ce fut l'ensemble de la seconde République, et non pas seulement son épisode final, qui avait valeur de répétition bouffonne; Ledru-rollin (1843) après Robespierre (1793), comme Badinguet 1 (surnom de Napoléon III) après Napoléon, c'était la farce après la tragédie.


1) Badinguet : Surnom qui fut attribué à Napoléon III et qui n’était autre que celui le nom de l'ouvrier qui lui prêta ses habits lors de son évasion en 1846 du fort de Ham)


On est aujourd'hui moins sévère, dans la mesure où l'on apprécie mieux ce que la seconde République apporta de nouveau par rapport à la première: on pourrait dire un enracinement. L'idée républicaine déborda les élites intellectuelles, celles des cadres bourgeois et petits-bourgeois organisés en sociétés post- ou néo-jacobines, pour gagner dans quelques régions des sympathies populaires de masse. Cela n'allait d’ailleurs pas sans compliquer le problème pour les plus hésitants à la république, car en gagnant le peuple, l'idée républicaine se combinait nécessairement avec les autres aspirations du peuple, aspirations sociales, aspirations au mieux-être.


Dans l'explosion d'expressions spontanées qui accompagna les insurrections de Décembre, une formule revint souvent: la "bonne", la "bonne république ", " Nous allons ramener la bonne république "... Qu'était-ce dire, sinon que la république qui avait régi la France de mai 48 à décembre 51 en maintenant le peuple dans ses difficultés usuelles de vie n'était pas la  " bonne ", pas la vraie, pas la véritable, autrement dit que la vraie république ne pouvait être qu'une république favorable aux petites gens ?

Les enseignements qu'en tirèrent les Français, allaient certes apporter beaucoup plus que ne pouvait alors l'envisager Karl Marx, puisque sa synthèse des événements conduisit ses disciples à faire table rase de toute forme de riches et leurs richesses pour faire renaître des cendres une civilisation nouvelle, belle. Une fois encore, cet homme éclairé dans la perception des hérésies de l'heure, allait donner naissance dans le cœur de beaucoup, à une mise en pratique encore plus hérétique, pour la concrétisation du " bonheur " de chacun. Contrairement aux méthodes socialistes qui auront beaucoup plus de mal à s'imposer par la suite, car plus raisonnables et plus douces dans leur création, son acharnement à créer un monde idéal marqua pour toujours l'histoire humaine d'une lourde empreinte. Celle-ci peut cependant nous apparaître aujourd'hui comme ayant été nécessaire, par le seul fait qu'elle permis au monde, de mesurer combien il est impossible à l'homme de mettre sur pied par la force, ce que Dieu veut faire par l'Amour !

Un autre peuple allait prendre le relais au peuple français pour en être le démonstrateur. Un peuple fort miséreux qui plus est, mais un peuple j'en fus témoin, qui était constitués d'hommes et de femmes formidables, et pourtant pas plus intègres que d'autres.

Il est vrai que celui qui est déjà dans la misère, ne risque pas le pire ! Si les Français avaient à se plaindre, il y a maintenant plus de deux siècles, il y a tout juste quatre vingt cinq ans, ce peuple vivait les affres d'une monarchie pas même digne de notre treize ou quatorzième siècle. Son roi ne s'appelait  pas roi, mais tsar, qui vient du latin Caesar. Ils se prétendaient descendants d'Auguste, les oints du Seigneur et recevaient un culte au tsar " adoré ", comme les souverains orientaux.

Avec 174 millions de sujets et 21 784 000 kM2 l'Empire russe mi-européen et mi-asiatique constituait en 1914 un monde complexe et original. Le tsarisme était un système de gouvernement dictatorial,[…] difficile cependant à comparer avec la monarchie française de l'Ancien Régime.

La Russie jusqu'en 1905 ne reçut aucune structure démocratique, aucune tradition égalitariste. Dans la lutte contre la domination des Mongols au XVe siècle, les princes de Moscovie unifièrent la Russie et créèrent un état centralisé et despotique. Issu de la noblesse, le tsarisme continuait à en être le bouclier protecteur tout en la réduisant à un rôle politique relativement négligeable.

Ivan III (dit le Grand)1 avait épousé en secondes noces Sophie Paléologue, nièce du dernier des empereurs byzantins. Il se proclama " tsar de toutes les Russies " successeur de l'empire byzantin. Autocrate il adopta les rites et le cérémonial de la cour byzantine. Ses armoiries furent également d'origine byzantine : l'aigle bicéphale. De la tradition byzantine les tsars conservèrent non seulement la titulature (ensemble des titres), le cérémonial, les symboles, mais également les méthodes de gouvernement, d'où l'importance des intrigues de cour, du secret, de la bureaucratie, du culte au tsar " adoré ", comme les souverains orientaux.

Jusqu'en 1905, le despotisme tsariste fut total. La famille impériale était nombreuse et constituait la " maison impériale de Russie ". Le tsar était le plus grand propriétaire foncier du pays et à ses possessions privées, s'ajoutaient les " biens d'oudiels ", propriétés d'Etat destinées à entretenir les membres de la famille impériale. Les intrigues de cour jouaient un rôle important dans le gouvernement de l'empire et ce phénomène prit plus d'ampleur encore au début du XXe siècle sous le règne de Nicolas II. Il eut 46 ans en 1914 et régnait depuis 1894. De valeur médiocre, il ne trouve guère de défenseur de nos jours. Imbu de son autorité, il concevait son rôle, comme celui d'un despote absolu.

Dès son avènement, il déclara : " Que chacun sache, que vouant toutes mes forces au bonheur de mon peuple, je défendrai les principes de l'autocratie aussi immuablement que feu mon père, je le proclame ouvertement. " Ce fut une dictature qui ne laissa guère de place pour la moindre des libertés, même la plus formelle.

Aux frontières, une surveillance sévère était exercée sur tous les voyageurs transportant journaux, revues, livres. On coupait des pages de livres jugés subversifs ; on passait sur des articles de journaux, des tampons chargés d'une encre grasse d'imprimerie, saupoudrés ensuite de sable, de façon à ce qu'ils ne soient plus lisibles. On " caviardait " ainsi les informations les plus diverses jusqu'au carnet mondain. On interdisait les textes de Victor Hugo traduits en russe ; les seuls textes originaux étaient autorisés!

Les publications en langues " coloniales ", entendons celles des nationalités non russes de l'empire, étaient assimilées à des publications étrangères. Pour échapper à la censure, on se passait des manuscrits copiés au péril de sa liberté. Un grand nombre d'ouvrages, de journaux, de revues, étaient donc imprimés à l'étranger. Ce fut particulièrement le cas du journal Kolokol (la Cloche), de Herzen, écrivain révolutionnaire russe mort en exil à Paris en 1870. Souvent les auteurs préféraient se censurer eux-mêmes pour éviter les interdictions de publication.


1) Ivan III (dit le Grand) (1462-1505), libéra la Russie de la suzeraineté mongole (1480) et adopta le titre d'autocrate, faisant de lui un souverain absolu. Marié à la nièce du dernier empereur byzantin, nom donné à l'Empire romain d'Orient dont la capitale était Constantinople et qui dura de 395 à 1453, il se voulut l'héritier de Byzance. Cet empire chrétien et gréco-oriental s'étendait au VIe siècle sur les Balkans, l'Asie Mineure et le Proche-Orient, de la Syrie à l'Égypte, ainsi que sur le sud de l'Italie, la Sicile et l'Afrique du Nord. Il connut son âge d'or aux Xe et XIe siècles puis déclina alors que s'imposait un nouvel ordre international dominé par l'Occident latin.


L'auto-censure était donc devenue la forme la plus pernicieuse de la censure. La lecture de Darwin fut interdite, cependant en 1872 Le Capital de Marx fut autorisé, mais en langue allemande. Le censeur, un peu pressé, n'avait sans doute pas vu malice à une oeuvre fort ardue d'économie politique. Ce fut pourtant le premier obus tiré contre le Palais d'Hiver.

Les arrestations arbitraires étaient monnaie courante, et les condamnations pour délits politiques très lourdes : la prison, la déportation en Sibérie, dans certains cas l'exil pouvaient être prononcés sans jugement, il suffisait pour cela de proclamer l'état de siège. Parfois même, la surveillance policière s'exerçait sur les familles des condamnés, victimes elles-mêmes, dans certains cas, de la répression. Rien ne protégeait l'individu contre l'omnipotence de l'Etat, des bureaucrates et des policiers.

L'église orthodoxe, avec la bureaucratie, la police et l'armée, était l'un des quatre grands piliers du régime. Tous les sujets de l'empire n'étaient certes point orthodoxes ; il y avait les juifs (environ 5 millions), les catholiques de Pologne et des Etats baltes, les musulmans du Caucase et d'Asie centrale, les protestants de Finlande et des pays baltes, mais elle jouissait de très nombreux privilèges. Elle était une église d'Etat et le tsar était le chef de l'Eglise orthodoxe en tant qu'oint du Seigneur. Comme l'écrivit à la fin du siècle, le premier conseiller de Nicolas II, Pobiedonostsev : " L'Etat ne peut se borner à représenter les intérêts matériels de la société, car il se dépouillerait alors lui-même de sa force morale et détruirait son union spirituelle avec la nation ; ce n'est qu'à cette condition que se maintiennent dans le peuple le sentiment de la légalité, le respect de la loi et la confiance dans le pouvoir. "

Cette église orthodoxe était née en 1054 du schisme de l'église catholique, dont les branches issues de l'Empire byzantin et du Patriarcat de Constantinople s'étaient séparées. Les différences entre l'église catholique et l'église orthodoxe de cette époque, étaient sans doute importantes aux yeux des théologiens, mais pour l'observateur extérieur, elles ne paraissaient pas fondamentales.

Sous la domination de l’ensemble de ce système, le peuple était maintenu dans un très grand dénuement. Les conditions de vie, voir de survie, étaient extrêmement difficiles, en particulier pour les femmes. Comme l'écrivit le grand poète russe Nekrassov au milieu du XIXe siècle, la situation de la femme était particulièrement dramatique,: " Ah! c'est un pauvre lot que ton lot, femme russe! Où trouver plus pénible sort ? Qu'avant l'âge tu sois fanée, rien d'étonnant, Mère du peuple russe apte à tout supporter, Mère souffrant tant de souffrances ! "

La famine restait menaçante et la disette n'était pas rare. La situation sanitaire était catastrophique. On manquait de médecins dans les régions rurales. Les épidémies de typhus, de choléra étaient fréquentes. En 1910, il y eut 185 000 cas de choléra pour tout l'empire. La malaria et la gale sévirent durablement. Par exemple, en 1910, on signala 225 000 cas de malaria dans le gouvernement de Samara, 167 000 dans celui de Saratov, 400 000 cas de gale dans le gouvernement de Viatka.

L'éclat extérieur de la civilisation russe au XIXe et au début du XXe siècle, ne doit pas cacher la situation réelle vécue par le peuple, et en particulier le fait que la culture n'était réservée qu'à une infime minorité. Lénine1 considérait, non sans raison, je cite : qu'" il n'y a plus, nulle part en Europe en dehors de la Russie, un seul pays aussi sauvage, où les masses populaires soient aussi profondément dépourvues d'instruction, de culture et de connaissances générales. " Aulard, l'historien français sur la Révolution de 1789, notait justement dans un ouvrage collectif publié en 1922 : L'Histoire des Soviets, " qu'au point de vue intellectuel, la nuit était plus profonde dans la Russie de 1917 que dans la France de 1789 ".

Ce peuple si miséreux allait donc servir d'exemple au monde dans cette tragique utopie, tant dans sa phase « d'épuration » que dans celle de mise en pratique dite " socialiste " qui n'arriva jamais, mais resta jusqu'au dernier souffle sous l’emprise d’un gouvernement autoritaire. Tragique, parce qu'elle commença dans une effusion de sang, d'un sang bien inutile, tout comme 1789 le fut pour la France, mais encore plus peut-être à cause du désœuvrement moral que le système mis en place, produisit dans cette nombreuse population. Elle aussi apporta peut-être à certains une prise de conscience de leur valeur d'homme, mais il est encore trop tôt pour s'en rendre compte. Ce qu'elle créa par contre, ce sont d'autres bourgeois, pas plus honnêtes assurément que ceux dont parlait Napoléon.

Un rideau se lève cependant pour l'humanité, et c'est bien évidemment à cela que nous devons regarder. Ce voile de l'Esprit  que sont les révolutions de la violence, qui amenèrent ou le premier Empire napoléonien ou le second Empire encore napoléonien ou l'Empire prolétarien. Sans doute devons-nous bannir l'idée qui en ressort et toute forme de révolution, qui ne furent et demeureront que des parenthèses de l'histoire, mais des parenthèses destructrices. Ce qui prévalu sur le socialisme humaniste du « bon sentiment », lui-même limité comme nous le verrons plus loin, n'était autre que l'esprit humain dans toute sa misère. Un esprit souvent dépourvu de bon sens, parce qu'il ne sait reproduire que ce qu'il connaît, alors que ce qu'il connaît n'est autre que ce qui l'imprime, le déforme, le détruit au travers de ses souffrances et de ses peurs.


1) Lénine (Vladimir Ilitch Oulianov, dit), homme politique russe (Simbirsk 1870, Gorki 1924). Il adhère dès 1888 à un cercle marxiste, passe trois ans en déportation en Sibérie (1897-1900) puis gagne la Suisse, où il fonde le journal Iskra et expose dans Que faire ? (1902), sa conception centralisée du parti révolutionnaire. Celle-ci l'emporte au IIe congrès du P.O.S.D.R. (1903) et les partisans de Lénine forment désormais la fraction bolchévique du parti, opposée à sa fraction menchevique. Fixé un temps à Paris (1908-1911), puis à Cracovie, il retourne en Suisse en 1914 et trace aux révolutionnaires russes leur objectif : combattre la guerre et la transformer en révolution. En avril 1917, il traverse l'Allemagne et rentre à Petrograd, où il impose ses vues au P.O.S.D.R. et aux soviets, et dirige l'insurrection d'octobre. Président du Conseil des commissaires du peuple (oct. Nov. 1917-1924), il fait signer avec l'Allemagne la paix de Brest-Litovsk et songe à l'extension internationale du mouvement révolutionnaire, créant l'international communiste (1919). Mais la guerre civile en Russie et l'échec du mouvement révolutionnaire en Europe l'amènent à se consacrer à la construction du socialisme dans l'U.R.S.S., qu'il fonde en 1922. Après la période du " communisme de guerre " (1918-1921), il adopte devant les difficultés économiques et les résistances intérieures, la Nouvelle Politique économique, ou " N.E.P ". En 1922, Lénine est frappé d'hémiplégie. Homme d'action, il a été aussi un théoricien (Matérialisme et empiriocriticisme, 1909 ; l'Impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916 ; l'Etat et la révolution, 1917 ; la maladie infantile du communisme, le " gauchisme ", 1920).


L'homme recherche ce qu'il convoite chez les autres, et c'est pour cela que lorsqu'il a reçu l'objet de ses désirs, il l'emploie encore plus mal que celui qu'il jalousait. Les bonheurs quant à eux, ne sont qu'éphémères et ne nous marquent pas profondément s'ils ne sont pas situés en Dieu. C'est pour cela qu'il est si difficile, jusqu'à impossible de sortir victorieux d'une révolution. Lorsque, l'homme s'abaisse à suivre ses impulsions charnelles, le piège se referme tôt ou tard sur son auteur, qu'il soit homme ou état.

Ces Philosophes, misaient donc trop sur le seul bon sens et l'intégrité humaine. Pouvaient-ils imaginer que certains d'entre eux, parfois ceux qui apparaissaient comme les plus incorruptibles, étaient justement ceux qui au lendemain se conduiraient à l'opposé même des valeurs qu'ils défendaient si âprement ?

Qu'avaient-ils à leur disposition ces idéalistes d'une civilisation d'équilibre dans laquelle chacun pourrait vivre dans une parfaite harmonie avec son voisin, parce que parfaitement égaux sur le plan social ? Qu'avaient-ils pour différencier les paroles d'un " Jésus ou d'un Judas " ?

Dieu sonde les cœurs et peut donner le discernement à ceux qui le suivent, alors que dans leur dimension de chair ils n'avaient eux que la suspicion à leur disposition. L'homme naturel ne possède pas en lui-même les qualités de base sur lesquelles ces philosophes fondaient leurs théories. Ils ne manquaient pourtant pas de sincérité, et peut-être étaient-ils proches d'un idéal que Dieu veut donner au monde de demain, mais leur procédé de mise en place et leur gestion, n'était pas de dimension humaine. De quoi disposaient-ils, mis à la disposition de chacun et surtout des plus humbles ? De Dieu ! Mais ils ne le savaient pas !

Ils ne le savaient pas parce que ceux qui se disaient les dignes représentants de Dieu, avaient donné raison à une monarchie qui serait venue comme de Dieu lui-même. D’un Dieu donc qui aurait recherché et voulu écrasé le faible au profit du toujours plus fort. Lui qui a dit « soyez soumis les uns aux autres », alors que cette soumission sur terre n’existe que dans le sens « dominateurs / écrasés » d’une monarchie vénérée en tant qu’idole, comme si elle était l’image même de Dieu sur terre.

Lui qui a dit « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé », quand ceux qui « réussissent » et vont à la messe tous les dimanches, ne sont qu’âpres aux gains, arrivistes et prétentieux, égoïstes, même dominateurs et dédaigneux face à ceux qui ne portent pas de « fruits ». De quels fruits parlent-ils ? Est-ce de la réussite et de la gloire, de la fortune et de la propriété, du toujours mieux pour eux, et plus mal pour les plus pauvres ?

Cette richesse et ces fruits là, disparaîtront bientôt. Dans leur trop bonne volonté humaine et leur condamnation de Dieu, par confusion entre lui et ceux qui se disaient ses représentants, ces hommes sincères qu’étaient nos philosophes n’ont pas regardé à leurs prédécesseurs, les apôtres de Jésus-Christ. Nous ne parlons pas de leur méthode de mise en œuvre qui était opposée, mais du résultat escompté. Ces apôtres dont nous pouvons regarder l’exemple et nous souvenir qu’eux aussi, mais conduits eux, par l’Esprit Saint de Dieu, ont commencé de vivre un début de vie sociale.

Ce premier système, tout comme le suivant fut éphémère, car la religiosité de l’homme n’allait pas tarder à prévaloir sur l’Esprit de Dieu, tout comme dans le second l’égoïsme personnel de l’homme n’allait pas tarder à prendre le pas sur l’intégrité des plus sincères. Dirons-nous en cela que Dieu n’a pas fait mieux que l’homme ou réciproquement ? Ou dirons-nous tout simplement que ce n’était pas le temps, et que ce temps Dieu l’a laissé pour nous afin qu’un plus grand nombre en bénéficient ?

Nous devons avant tout poser un postula, Dieu n’est pas celui qui veut écraser ou détruire, mais bien celui qui veut nous faire grandir, nous élever à son image, de quelque milieu que nous venions et de quelque race que nous soyons, nous pouvons tous être ses enfants. Nous seuls lui interdisons ce bonheur ! La théorie est une chose, le résultat en est une autre, et ne sera jamais le même pour celui qui s’abaisse à tuer, plutôt qu’à aimer.

Il est une autre révolution qui monte aujourd’hui et porta, elle aussi le nom de « socialisme », dont nous connaissons le fruit. Nous en avons déjà tous constaté les abominations sur le peuple de Dieu, en la personne des juifs ou encore des tsiganes durant la dernière guerre mondiale. Tous se souviennent, sauf leurs bourreaux ! Effrontément, comme seul peut le faire le démon, ils nient l’histoire et la refont à leur façon. Ceux là apparaissent comme fort convaincus et c’est pour cela qu’ils sont convaincants, mais tout comme les masses populaires avaient suivi les bourgeois de 1789, ils sont suivis par des faibles qui souvent croient plus à une religion de l’homme qu’à la véritable foi en Dieu.

D’une façon arrogante, mais dépourvue de sens, ils se placent en victimes des classes déjà rejetées par beaucoup comme Hitler s’en prenait aux juifs, aux infirmes ou aux tsiganes. Parce que l’histoire se répète, afin de rendre hommage à tous les persécutés, passés, présent et malheureusement sans doute à venir, nous allons terminer ce chapitre, en prenant le temps de lire un texte de Primo LEVI qui nous parle si bien de l’éloquence humaine et les fléaux qu’elle peut véhiculer.

Nul doute qu’il l’avait appris à ses dépens, mais pourvu que nous sachions tous en tenir compte : « Tous nous devons savoir, ou nous souvenir que lorsqu'ils parlaient en public Hitler et Mussolini étaient crus, applaudis, admirés, adorés comme des dieux. C'étaient des "chefs charismatiques", ils possédaient un mystérieux pouvoir de séduction qui ne devait rien à la crédibilité ou à la justesse des propos qu'ils tenaient mais qui venait de la façon suggestive dont ils les tenaient, à leur éloquence, à leur faconde d'histrions, peut-être innée, peut-être patiemment étudiée et mise au point. Les idées qu'ils proclamaient n'étaient pas toujours les mêmes et étaient en général aberrantes, stupides ou cruelles; et pourtant ils furent acclamés et suivis jusqu'à leur mort par des milliers de fidèles.

Il faut rappeler que ces fidèles, et parmi eux les exécuteurs zélés d'ordre inhumains, n'étaient pas des bourreaux nés, ce n'étaient pas sauf rares exceptions - des monstres, c'étaient des hommes quelconques. Les monstres existent, mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux; ceux qui sont vraiment dangereux, ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter, comme Eichmann, comme Hôss, le commandant d'Auschwitz, comme Stangl, le commandant de Treblinka, comme vingt ans après les militaires français qui tuèrent en Algérie, et comme, trente ans après, les militaires américains qui tuèrent au Viêt-nam.

Il faut donc nous méfier de tous ceux qui veulent nous convaincre par d'autres voies que par la raison, autrement dit des chefs charismatiques : nous devons bien peser notre décision avant de déléguer à quelqu'un d'autre le pouvoir de juger et de vouloir à notre place. ( ... )

Il se peut qu'un nouveau fascisme, avec son cortège d'intolérance, d'abus et de servitude, naisse hors de notre pays pour y être importé, ou qu'il se déchaîne de l'intérieur avec une violence capable de renverser toutes les barrières. Alors, les conseils de sagesse ne serviront que si nous trouvons en Dieu la force de résister : en cela aussi, le souvenir de ce qui s'est passé au cœur de l'Europe, il n'y a pas si longtemps, pourra nous servir d’aide et d’avertissement. »...

En conclusion de ces réalités historiques, nous n’avons fait que confirmer le texte biblique que nous avons cité sur lequel repose tous ces écrits : l’homme charnel est incapable de faire le bien qu’il voudrait faire, mais pratique le mal qu’il ne voudrait pas faire (voir Romains 7-18/20).

C’est pourquoi nous allons nous tourner dans le prochain chapitre, vers le domaine spirituel qui a construit notre histoire, celui de notre psychologie charnelle. C’est d’elle que sont nés tous ces conflits et par elle que nous sommes toujours gérés dans notre troisième millénaire, tant que nous ne sommes pas vainqueurs selon Dieu de notre misérable nature humaine.

C’est contre elle et contre son guide que nous devons lutter avec l’aide de Dieu, contre elle que nous devons mener notre réel combat sans nous en condamner réciproquement, alors nous connaîtrons ce que veut dire, Aimer !

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