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CHAPITRE 3



L'entrée au Temple



A l’aube de ces années 50, c’était en effet le début de l’électrification dans les campagnes du Perche. Eh, oui ! Il n’y a pas plus de cinquante années, que les bonnes vieilles lampes à pétrole ont disparu des foyers un peu éloignées des villes. Je ne veux pas dire que ce nouveau marché était la ruée vers l’or, mais ça y ressemblait bien quand-même un peu en comparaison de la conjoncture actuelle. Chacun voulait voir clair la nuit, et les affaires étaient florissantes pour ceux qui savaient en tirer profit.

Mon père, ne faisait pas parti de ceux-là. Peut-être par manque de confiance, peut-être par simple honnêteté, peut-être à cause de trop de raisonnement, toujours est-il, qu’il avait énormément de difficultés à réclamer la juste rémunération de son travail. Il est vrai, qu’il était souvent confronté à des gens qui se considéraient comme étant plus malheureux que lui et peut-être y était-il trop sensible. Beaucoup de petits cultivateurs vivaient encore un peu en autarcie à cette époque. La presque totalité de leurs besoins alimentaires étaient certes couverts par les ressources de la ferme, mais leur capacité d’échange restait très faible, et était accentuée par la nécessité de garder quelques réserves pour les sauver d’une mauvaise récolte. Cela faisait évoluer les plus pauvres dans une vie d’apparence misérable. La majorité d’entre eux étaient pourtant beaucoup plus riches que mon pauvre papa, mais comme après avoir tiré derrière son vélo une lourde remorque pleine d’outils, il s'était acheté une vieille six chevaux Renault d’avant guerre, il était considéré comme gagnant de l’argent facilement. Les matériels et fournitures coûtaient déjà fort cher à l’achat, alors plutôt que de faire un travail bâclé, il préférait le faire parfaitement, quitte à devoir écourter la liste des heures sur les factures afin de ne pas passer pour un voleur.

Si les choses en étaient restées là, mes parents n’auraient sans doute rencontré que peu de problèmes, mais de même que beaucoup de leurs clients auraient bien voulu avoir le beurre et l’argent du beurre, beaucoup auraient voulu avoir l’installation électrique sans avoir à la payer. Les règlements de factures traînaient donc sur de nombreux mois, lorsque ce n’était pas sur plusieurs années selon les récoltes. Entre les impayés et les avances d’achat de matériels, ils furent donc toujours pauvres avec beaucoup d’argent dehors.

Pour nous trois, Colette, Jean Claude et moi c'était le rêve cette vielle six chevaux des années 1923 ou 24. Nous l'appelions « Titine ». Tous trois sur la banquette arrière, nous étions comme des petits princes lorsque nous allions chez nos grands-parents paternels à Châteaudun. C’était comme le chantait Luis Mariano « sur la route de Narbonne, on pouvait voir les tours de Carcassonne, se profiler à l'horizon de Barbaira ». Pensez, nous ne mettions pas moins d'une bonne heure pour parcourir la petite quarantaine de kilomètres de lignes droites qui nous séparaient de chez eux. Notre joie atteignait pourtant son comble, lorsque du haut de la dernière côte, nous découvrions subitement toute la ville et son fier château féodal.

Nous eûmes également dès cette époque, quelques dimanches à la mer, Cabourg, Franceville et son sable fin. Moi j'en faisais des pâtés, des châteaux, je courais à perdre haleine, sur ces immenses étendues que la mer laissait entrecoupées de quelques filets d'eau en se retirant. Ah ! Pour courir, je courais, je ne pensais qu'à cela, surtout pour courir plus vite que les autres.

Il y avait déjà, comme profondément ancré en moi, ce désir de courses, de compétitions, tout comme pour le petit vélo à la vitrine du magasin de bicyclettes quelques années plus tôt.

Dès 1953, papa installa une très grande antenne, à treize mètres au dessus du toit et nous reçûmes la télévision. Inutile de vous dire qu’à l’époque cela ne passa pas inaperçu dans nos campagnes, d’autant que le récepteur fonctionnait souvent dans le magasin et provoquait alors l’attroupement des badauds. Ce n’était certes pas la télévision couleur, la « neige » était souvent au rendez-vous à l’écran. Il faut dire qu’il n’y avait pas tous les relais dont nous sommes équipés maintenant; nous habitions à cent cinquante kilomètres de Paris, et nous captions l’émetteur de la Tour Eiffel.

Pour moi qui n’avais alors que sept ans cela revêtait bien quelque importance d’être le seul en classe à regarder « Trente six chandelles », la « Piste aux Etoiles » ou la « Vie des Animaux », mais je ne crois pas que j’en tirais un réel orgueil envers mes petits camarades. Si cela avait été, il me semble que mes résultats scolaires auraient rapidement suffît à me ramener sur terre. Je ne veux pas dire par-là que j'étais mauvais, mais si mon frère et ma sœur étaient toujours premiers, pour moi cela ne m’arrivait qu’occasionnellement.

Nous nous entendions bien tous les trois, Colette, Jean Claude et moi. Nous n’étions certes pas des enfants modèles, car nous nous querellions bien parfois, mais nous nous aimions beaucoup l'un l’autre. Nous ne supportions pas que l’un de nous soit frustré par rapport aux deux autres et cela allait souvent jusqu’aux plus petits détails. Si l’un de nous avait reçu un bonbon sans les autres, nous le partagions en trois. Rassurez-vous, nous n’étions pas des anges, car il y avait bien de petits dérapages, mais l'ambiance familiale était bonne, le cœur y était.

Dans le domaine spirituel, nous n’étions peut-être pas les premiers, mais tout comme pour l’école, nous étions assidus. Nous allâmes tous trois régulièrement au catéchisme catholique, d’une part à cause des convenances, mais également parce qu’à notre arrivée dans ce village, maman s’était quelque peu réconciliée avec la religion, au contact du très brave curé de notre village. C’était un brave homme, sincère et véritable dans tout ce qu’il faisait, et je crois que l'on aurait pu dire de lui, ce que nous chantons parfois dans nos églises : Jésus au-dedans, se voit au dehors. Il avait su voir en mes parents, des jeunes qui s’investissaient pour y arriver, mais qui ne délaissaient pas pour autant la vie familiale, enfin des jeunes que Dieu lui avait mis à cœur d’aider. Peu de temps après leur début d’activité, il avait ainsi confié à mes parents un ouvrage dont je me souviens moi-­même encore. C'était un panneau lumineux constitué d’une multitude de petites ampoules, à l'effigie de Sainte Apolline, une vierge fêtée le 9 février, jour de la fête du village.

A l’entrée du chœur de l'église, face à une très imposante représentation de la vierge Marie tenant Jésus dans les bras, sa statue était là, tout aussi imposante, une paire de tenailles à la main droite. Elle était priée par les fidèles pour les guérisons dentaires, et reconnue « patronne du village ».

Il faut dire qu’à cette époque, nous en avions tous un énorme besoin, mais là encore nous y reviendrons.

Par ce petit travail, ce brave curé avait su appliquer la charité sans blesser, et comme il disposait d’un très grand jardin pour lui tout seul, il en avait proposé les trois quarts à mes parents. Ce jardin surplombait de plusieurs mètres notre toute petite cour et quelques dépendances, ce qui permettait d’y accéder directement à l’aide d’échelles et de chemins de bois placés sur les toits.

Permettez-moi de souligner au passage, combien ce brave homme avait eu plus de discernement que d’autres. Comme quoi Dieu bénit les humbles de cœur ! En mes parents, il n’avait pas vu que les apparences trompeuses, mais avait su faire la différence entre les aspects extérieurs que leur donnait leur fonction dans ce petit village de campagne, et la réalité de vie qui n’avait pas vraiment de rapport. C’est ainsi que même avec le mal aux dents, cette période fait partie d’une époque bénie. Elle s'intègre dans ce que nous pourrions appeler pour mes parents, la progression. Je crois qu’ils mangeaient alors leur pain blanc le premier.

Ce fut à cette époque que commença de se poser pour eux, le gros problème de l’éducation secondaire de leurs enfants. Notre village était situé à quatorze kilomètres de la première ville, Nogent-le-Rotrou, où ma sœur aurait pu entrer pensionnaire en classe de sixième. Il n’était pas encore question de ramassages scolaires à cette époque, et comme les artisans ne pouvaient prétendre à l’obtention de bourses d’études, devant la difficulté financière que cela représentait, le problème fut remis à plus tard.

Vers cette même période, mes parents n’ayant pas les moyens de m’offrir un train électrique, je commençai pour ma part d’en construire un en contreplaqué. Je puisai mes inspirations dans un véritable trésor pour le bricoleur en herbe que j'étais alors, une imposante pile de vieilles revues « Système D » placée au fond du grenier. Si je cite ce train, c'est qu'il fut pour moi il me semble, mon premier échec marquant. Très vite en effet, la réalisation tomba à l'eau. Je ne crois d'ailleurs pas qu'elle dura plus de quelques jours, mais elle m'apprit néanmoins beaucoup.

Je réalise effectivement en écrivant, que cette expérience me servit souvent de référence inconsciente par la ensuite, pour évaluer ma motivation dans ce que j'allais entreprendre. Bien vite j'évoluai vers les « constructions navales » qui me motivaient beaucoup plus. Pour que mes rêves aient un minimum de réalité, il fallait absolument que ces embarcations puissent naviguer. Une maquette eut été pour moi un bateau mort et j'aimais déjà beaucoup trop vivre, pour me perdre dans des rêves abstraits. Non, il fallait du véritable qui bouge, qui navigue. Imaginez un peu, même dormir me donnait l'impression de perdre du temps, de mourir un peu. J'aurai déjà voulu pouvoir tout faire, aussi bien le tour du monde sur mes bateaux, que construire une niche pour notre chien Zamba,  avec salon, WC, salle de bain. J’avais toujours besoin d’occupations, et quand je ne savais plus quoi faire, maman ou Colette n’étaient jamais à court d’idées. C’est ainsi que j'appris à coudre, à faire des pompons, à broder, à tricoter, à faire des pâtisseries, la cuisine, mais aussi réparer les boîtiers de piles ou les fers à repasser des clients. J’implantais sur des planchettes de petites installations électriques comme des prises de courant, des éclairages simple allumage, voir même des va-et-vient. J'avais toujours quelque chose à découvrir.

A l'école par contre les choses n'allaient pas tarder à se gâter pour moi. Vers neuf dix ans, je commençai d'éprouver de grosses difficultés en orthographe, qui n'allaient pas tarder à devenir de très grosses, puis d'énormes difficultés les années suivantes.

Si j'y réfléchis aujourd'hui, je crois que le blocage que j'allais éprouver sur cette période, prenait sa source dans l'image que j'avais alors de mon frère et ma sœur. Ils étaient tous deux des cerveaux que je n'étais pas, surtout Jean Claude. J'avais peur il me semble, de décevoir mes parents, ne pas être à la hauteur de la famille, et pour masquer cette insuffisance j’allais entrer dans un cercle infernal. Devant autant d'incapacité me semblait-il, ma souffrance devenant trop grande, ma honte également, mon orgueil certainement tout autant, je me mis à simuler la maladie. J'avais tout juste dix ans.

Dans les premiers temps maman s’apitoya sur mon sort et me garda le matin à la maison. L’après-midi j’étais guéri : J’avais échappé à la dictée !

Je passai toutes les petites souffrances en revue, la toux, les maux de gorge ou de tête, mais très vite il me fallut varier, alors j’eus mal au ventre. Cela me semblait plus facile à maîtriser. Je n’étais pas si sot me semblait-il, ma sœur et mon père avaient une certaine fragilité du foie, il m’était facile de me renseigner quelque peu, d’autant que j’avais déjà fait des sciences naturelles et connaissais bien l’emplacement des organes dans le corps humain. Je n’eus donc jamais aucune difficulté à tromper cette petite femme, docteur du village. Dès la première fois qu’elle m’ausculta, quand elle me palpa le côté droit, je sursautai en émettant un grand : Aïe ! Le tour était joué !

Je n’avais eu aucun mérite de comédien, j’étais et suis resté tellement chatouilleux, que le sursaut avait été plus que naturel, seul le son émis était de la simulation. Elle n’y avait absolument rien vu, et le diagnostique était tombé, celui que j'avais choisi, j’avais mal au foie. Je ne vous dirai pas tous les médicaments que je pus alors avaler tant ils furent nombreux, ni les régimes que je pus faire. Plus la contrainte était grande, plus je la surmontais facilement et heureux de le faire. Cela apportait de l'eau à mon moulin, puisque je prouvais ainsi mon aspiration à la guérison. Il n'y eut toutefois qu’une chose que je ne pus jamais très bien faire, ce fut me passer de vivre. Je viens de vous le dire il y a quelques lignes, dormir ou simplement être au lit, était selon moi mourir plus qu’un peu. Pour compenser mon ennui, mes parents m’achetèrent des découpages en carton ou d’autres futilités de ce genre, qui coûtaient relativement cher à cette époque. Pour eux qui commençaient d’éprouver quelques difficultés financières, ils dépensèrent de la sorte, une petite fortune pour me distraire.

Quel égoïsme ai-je pu manifester ainsi, vis à vis de mon frère et ma sœur en particulier ! Pour combien de mes péchés Jésus donna sa vie, et ce n’était que le commencement ! Combien de honte ai-je pu infliger ainsi à ma pauvre maman quand, après qu'elle eut fait la relation avec l'orthographe et mes « maladies », elle dût me traîner à l'école sur les trois cents mètres qui nous en séparaient. Je hurlais alors des supplications pour qu'elle ne m'y emmène pas, plus fort qu'un condamné à mort conduit à l'échafaud. Mes cris étaient tels qu’ils ameutaient tous les badauds et commères du village, qui sortaient sur le pas de leur porte et faisaient de nombreux commentaires.

Le plus mauvais souvenir de cette dégringolade, fut pourtant le jour où je dus m'abaisser à copier sur l'un de mes camarades. Je dis bien m’abaisser, car pour moi cela avait alors représenté le comble de la déchéance. L'instant d'avant je n'avais plus su écrire « dans ». Chaque fois que je butais sur un mot, il me fallait faire vite pour ne pas perdre le fil de la dictée.

Comme à l’accoutumée, je passai donc rapidement par toutes les solutions « d'en, dent, d'an, den, dan, ... » et devant le désespoir qui m’envahit sur l’instant à l'idée de la moquerie de l’instituteur et le rire de mes petits camarades qui n'allaient pas manquer d’éclater lors de la correction, je plongeai dans la boue du péché, le comble de la honte, je « COPIAI ». Ne croyez pas que j'exagère la chose, je le vécus alors ainsi.

J'avais mis le doigt dans un engrenage infernal, car la « maladie » ayant été quelque peu découverte, il me fallut vite trouver quelque chose de plus extravagant pour être plus persuasif : Je passai donc aux hallucinations. Arrivé à cette dimension, je me ressenti toutefois acculé dans mes derniers retranchements.

La main de Dieu fut heureusement là pour calmer les larmes de maman à mon sujet, car un réconfort allait lui être apporté. Un représentant de commerce dont l’épouse avait été guérie d’une déprime par un acuponcteur/ostéopathe, lui indiqua l'adresse de celui-ci. Personne autour de nous ne connaissait alors ce genre de spécialité, mais maman pris toutefois rendez-vous et nous nous y rendîmes. Il nous fit entrer, me fit allonger et resta planté debout à me regarder. Maman lui parlait, mais il restait là, comme s’il ne l'écoutait pas. Je compris à ce moment, que celui-ci je ne le tromperai pas, et le diagnostique tomba : « Madame votre enfant n'a jamais eu mal au foie ». Il ne m’apprenait certes rien, mais j’étais en quelque sorte soulagé.

Je sais pourtant depuis peu, qu’à cette période de ma vie, je fus vraisemblablement en contact avec l'hépatite B, mais durant le plus grand risque de dérapage de ma vie, cette contamination s’était tellement trouvée mélangée à tout le reste, que personne n’en avait réellement fait le diagnostique. L’ennemi avait bien failli refermer à jamais son piège sur moi, comme il le referme sur chacun de nous si nous le suivons dans ses voies tortueuses.

Je ne sais pas si ce furent les deux séances d’acuponcture ou le fait de ne plus pouvoir reculer qui m’apporta la guérison, mais quand le jour de l’orthographe revint, je partis à l’école tout guilleret. J’étais semble-t-il, guéri de mes fraudes. De cent à cent vingt fautes en une page et demie de dictée, comme je faisais dans les moments les plus glorieux, je descendis vite à la moitié, puis au cinquième, puis le dixième. Après ??? Oh! Après... Je fis souvent bien rire mes secrétaires malgré tout, lorsque dans mon travail je dus rédiger de nombreuses pages de devis.

Pendant toute cette période, mes expériences « navales » avaient été bon train. Après un « sous-marin » capricieux, j'étais passé au « bateau à vapeur ». Ils étaient bien sommaires, mais m'amenaient progressivement à la compréhension de leurs faiblesses et surtout aux rêves de grands voiliers.

Dans le dédale de mes occupations, il y en avait une que j'avais quelque peu oublié, c'était l'aide que nous apportions à nos parents sur les chantiers.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, je n’ai effectivement pas dit « mon père », mais « mes parents ». Durant les premières années d’activité de leur entreprise, ils avaient pris un apprenti pour aider papa, puis l'offre étant vite devenue trop grande, ils avaient dû embaucher un, puis deux ouvriers pour faire face à la demande. Une heureuse progression aurait pu être envisagée, mais le phénomène d’impayé avait crû dans les mêmes proportions, multipliant par-là les problèmes. Il avait alors fallu régler ce qui n'attendait pas, les salaires, les charges, les impôts, les factures...

La progression avait duré sept ans et les majorations allaient tomber. Elles allaient tomber comme le couperet de la guillotine, mais à la vitesse à laquelle sonne le glas. Il allait en mettre du temps à descendre ce couperet, mais alors que sont mouvement fut amorcé, impassiblement il marqua le début d'une longue agonie.

Maman qui n’avait rien perdu de sa combativité de jeunesse, allait ainsi s’investir durant de nombreuses années sur les chantiers d'électricité ou de plomberie au côté de papa, pour remplacer l’ouvrier devenu trop cher. Jean Claude et moi, nous investîmes également à la tâche. Mon frère étant de deux ans mon aîné, était aussi plus efficace, et tout comme maman il faisait plutôt les perçages de mur, les scellements ou autres choses de ce genre. Moi, souvent comme un jeu, je posais les prises de courant et les interrupteurs. Chacun faisait ce qui était à son niveau. Colette qui avait reçu son certificat d'études première du canton, suivait des cours par correspondance en vue du BEPC, et parallèlement recevait les clients au magasin. Chacun y mettait ce qu’il pouvait pour sauver le bateau.

Dans un autre type d’activités journalières, nous avions également la visite à la ferme voisine pour s’y approvisionner en lait. Selon l'humeur du moment, c’était soit la promenade, soit la corvée. Une seule chose restait toujours égale cependant, c’était la cueillette des pissenlits ou la coupe de l’herbe aux lapins, ça, c’était toujours aussi ennuyeux quel que soit le jour. Le jardinage, n’était pas non plus mon fort dans le jardin des parents. Dans le mien qui ne devait pas dépasser cinq à six mètres carrés, c’était plus amusant et surtout moins fatiguant. A l'automne, pour protéger les salades d’hiver nous allions également ramasser des feuilles mortes dans les bois voisins. Cette noble tâche, n’allait cependant pas rester pour nous un sujet très glorieux. Il était vite devenu pour Jean-Claude et moi, une occasion de chute. Je devais avoir onze ans, peut être douze, enfin quoi : Nous étions déjà des hommes ! Comme papa fumait, nous décidâmes de fumer également. Ce fut aussi rapide que cela à entreprendre, mais beaucoup plus difficile à s’approvisionner en cigarettes.

Je vous le disais il y a quelques lignes, maman travaillait sur les chantiers avec papa. De ce fait, quand nous étions tous trois à la maison, nous servions souvent chacun notre tour au magasin. Bien évidemment, il nous fallait pour cela rendre la monnaie, alors quand le jeudi arrivait, pièce par pièce, nous subtilisions dans la caisse. Il ne fallait pas y aller trop vite, car la caisse n’était jamais bien remplie et la sottise se serait vite découverte, mais nous étions « persévérants » dans notre fourberie, nous y retournions souvent dans la même journée. Plusieurs fois nous fîmes ainsi, jusqu'au jour où, je ne sais plus lequel des deux, voulu faire un feu d'artifice de la boite d'allumettes encore presque pleine, et se fit griller les sourcils par l’embrasement que cela produisit. Nous nous enfonçâmes alors dans un mensonge pas possible, du style avoir trouvé cette boîte d’allumette encore pleine. Je pense que personne ne fut jamais véritablement dupe, mais nos parents firent semblant de nous croire, nous estimant suffisamment punis par nous-mêmes, plutôt que d'aggraver la situation à l'extrême.

A l’opposé de ce que nous enflammions les allumettes, papa éteignait le feu. En effet, depuis notre arrivée dans le village, il était devenu pompier bénévole. De temps à autre, nous assistions à l’entraînement de l’équipe le dimanche matin, mais aussi parfois lorsque nous grandîmes un peu, nous nous glissâmes dans la voiture lors de départs sur des lieux d'incendies de cheminée. C’est ainsi que nous assistâmes une nuit d'orage, à la dévastation de toute un corps de ferme, dont je garde une grande notion du danger que le feu représente, sans pour autant le craindre.

Chaque année, comme beaucoup d'associations le font, cette amicale des sapeurs pompiers, organisait quelques bals, et plus particulièrement une petite représentation théâtrale, tout comme les écoles pour la remise des prix et monsieur le curé pour Noël. Il y avait également les fêtes communales voisines, les comices agricoles, et un important besoin de sonorisation s'était très vite fait ressentir. En complément de ses diverses activités artisanales, papa avait donc saisi cette opportunité de marché et s'était construit tout un matériel sono complet : Ampli, enceintes, micros, câbles de liaison, disques 78 tours,... etc. Vers les années cinquante huit cinquante-neuf, il sonorisa même un orchestre que nous suivîmes chaque week-end. Vous pensez bien que nous aimions cela par-dessus tout. Nous nous rendions utiles à dérouler les câbles, descendre de la voiture le lourd matériel d’amplification... Il nous fallait bien justifier notre présence. Il est vrai qu'il était lourd ce matériel, sans doute parce que, nos bras n’étaient pas très forts, mais aussi parce que tout n’était pas miniaturisé comme maintenant. Dans ces circonstances papa faisait également le présentateur, nous, nous jouions avec les enfants, mais aussi le soir, nous dansions au son du bal musette. Parfois quand l'ambiance était bonne et que les flonflons duraient un peu plus qu'à l'ordinaire, nous dormions dans la voiture ou sur un banc, surtout moi, le petit dernier.

Nous étions heureux de toutes ces sorties que beaucoup d'autres n'avaient pas et je ne veux pas dire que pour ma part, je n'en éprouvais pas une légère impression de supériorité.

Nous en étions parfois doublement heureux quand il nous arrivait cette aubaine, qu'à la valse finale, nos parents nous proposent cette surprise inespérée de partir directement sur les côtes normandes pour y ramasser des coques. Ces jours là, ou plus exactement ces petits matins là, je peux vous assurer qu'il n'y avait pas de fainéant pour ranger le matériel de sono. Le dimanche nous étions bien sûr tous en forme, mais le lundi, même si parfois nous avions de bien petits yeux pour aller en classe, aucun ne se plaignait ni ne le laissait transparaître.

Une fois mes problèmes d'orthographe réglés, ma scolarité redevint normale et sans problème majeur. Pour Jean-Claude, c'était même bien puisqu'il avait fait un score presque identique à celui de Colette, et était arrivé second du canton à son certificat d'études. Tout comme elle d'ailleurs il allait commencer les cours par correspondance à la rentrée suivant son examen.

A chaque jour suffit sa peine, moi, je n'en étais qu'à ma communion solennelle.

Je n'eus pas la chance de faire ma retraite de communion avec ce brave curé, dont nous avons déjà beaucoup parlé. Il avait été trop direct avec la classe bourgeoise du village pour être apprécié de tous. C'est ainsi ! Il est souvent difficile de plaire à tous pour celui qui veut rester dans la vérité. Il en avait alors fait la triste expérience. J'eus donc pour ma retraite de communion, un jeune abbé assez gentil, conduit par un curé de petite taille, au nez effilé et aux paroles cinglantes. Fort heureusement, ce ne fut pas une préoccupation majeure pour moi. Je fis en effet ma communion avec foi et vérité devant Dieu et ce fut bien là pour moi le principal. Je n'étais certes pas désintéressé des traditionnels cadeaux, pas plus que du repas et de la famille qui nous entourait, mais mon meilleur souvenir de ce moment reste la sincérité avec laquelle je m'avançai ce jour là vers l'autel.

Chemin faisant, l'année suivante, je continuai d'aller régulièrement à la messe. Si je ne pouvais pas aller à celle de dix heures trente, j'allais à celle de neuf heures. Souvent même, je prenais mon vélo qui ne me quittait jamais, sauf pour enfiler mes patins à roulette, et j'allais à la messe dans l'un des villages voisins. Dans l'un d'eux, un très vieux curé qui était réputé pour sa gentillesse, y officiait encore. Il est vrai que pour le cœur d'un enfant, il est important de trouver en l'homme de Dieu, l'Amour de Christ.

Cette année là, je passai donc ma vie spirituelle, un dimanche dans une église, un dimanche dans une autre, et tout comme Colette et Jean Claude l'avaient fait avant moi, à mes treize ans je renouvelai cette prise de position devant Dieu, qu'est la communion solennelle.

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